Le 1er mai 2024, plusieurs boulangeries françaises ont été contrôlées et sanctionnées pour avoir fait travailler leurs salariés ce jour-là. La raison : leur activité n'était pas considérée comme impossible à interrompre. Deux ans plus tard, le Gouvernement change de pied. Une loi est attendue pour 2027 et des instructions doivent déjà s'appliquer dès le 1er mai 2026 pour les artisans concernés.
Si vous dirigez une TPE ou une PME, et a fortiori une boulangerie ou un commerce de fleurs, vous devez connaître les règles avant d'ouvrir vos portes ce jour-là. Voici tout ce qu'il faut savoir.
Le 1er mai, un jour férié pas comme les autres
Tous les jours fériés ne se valent pas. La fête du Travail (article L. 3133-4 du Code du travail) est le seul jour férié légalement chômé et payé pour l'ensemble des salariés. Ni votre convention collective ni votre contrat de travail ne peuvent y déroger.
Concrètement, cela signifie deux choses :
- Le salarié qui ne travaille pas le 1er mai est tout de même payé comme une journée normale (article L. 3133-5 du Code du travail).
- Le salarié qui travaille le 1er mai doit percevoir, en plus de son salaire habituel, une indemnité égale à ce salaire, soit le double de sa rémunération (article L. 3133-6 du Code du travail).
Cette règle s'applique à tous les contrats : CDI, CDD, intérimaires, peu importe l'ancienneté. Pour les apprentis et les jeunes de moins de 18 ans, des règles spécifiques s'appliquent (voir la FAQ en bas de page).
Qui a le droit de faire travailler ses salariés le 1er mai ?
Le Code du travail pose un principe clair : le 1er mai est chômé. L'exception ne concerne que les établissements et services qui ne peuvent pas interrompre leur activité en raison de la nature même de leur métier (article L. 3133-6 du Code du travail).
Aucune liste exhaustive officielle n'existe à ce jour. La jurisprudence et l'usage admettent généralement :
- Les hôpitaux, cliniques, EHPAD, crèches
- Les transports publics (SNCF, RATP, aéroports)
- Les hôtels, restaurants et cafés
- Les services de gardiennage et d'entretien essentiels
- Les usines à feu continu (sidérurgie, chimie, verreries)
- Les pompes funèbres
- Les forces de l'ordre et services de secours
Le critère retenu par les inspecteurs du travail est l'impossibilité technique ou organisationnelle d'arrêter l'activité, pas la simple volonté commerciale d'ouvrir.
Pourquoi les boulangers ont été sanctionnés en 2024
Lors des contrôles du 1er mai 2024, plusieurs boulangeries ont reçu des amendes. L'argument de l'inspection du travail : la production et la vente de pain peuvent parfaitement être interrompues une journée sans atteinte à la santé publique ou à la continuité d'un service essentiel.
Les artisans, eux, mettaient en avant une réalité économique : le 1er mai est l'un des jours de l'année où la demande explose (jonquilles, muguet, brunchs, sandwichs pour les sorties), et la fermeture forcée représente une perte de chiffre d'affaires significative.
Ces sanctions ont déclenché un débat national sur la modernisation du Code du travail.
Ce qui change pour le 1er mai 2026
Le 17 avril 2026, le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé l'intention du Gouvernement de présenter rapidement un projet de loi pour autoriser l'ouverture des boulangers-pâtissiers artisanaux et des artisans fleuristes le 1er mai. La loi est annoncée pour entrer en vigueur le 1er mai 2027.
Mais le ministère du Travail ne veut pas attendre un an. Dans son communiqué de presse, le Gouvernement précise que les services de l'État (DREETS, inspection du travail) recevront des instructions pour que les boulangers et fleuristes ne soient pas sanctionnés en 2026 s'ils ouvrent dans le respect des règles fixées par la future loi.
Autrement dit, les artisans des deux secteurs concernés bénéficient d'une tolérance administrative dès 2026, à condition de respecter à la lettre le cadre prévu par la loi à venir.
Les conditions à respecter pour ouvrir le 1er mai 2026
D'après le communiqué du Gouvernement, l'ouverture est possible sous trois conditions cumulatives :
1. Activité éligible
Pour l'instant, seuls deux secteurs sont concernés :
- Les boulangers-pâtissiers artisanaux (production et vente de pain et pâtisseries)
- Les artisans fleuristes (vente de fleurs et compositions florales)
Les commerces alimentaires généralistes, les chaînes industrielles, les supermarchés ou les fleuristes en grande surface ne sont pas inclus dans ce dispositif.
2. Volontariat écrit du salarié
Aucun salarié ne peut être contraint de travailler le 1er mai. Vous devez recueillir l'accord écrit individuel de chaque salarié volontaire. Pas de pression, pas de menace, pas de chantage à la prime ou au planning. Le refus du salarié ne peut donner lieu à aucune sanction ni discrimination.
En pratique, anticipez ce recueil au moins une semaine à l'avance et conservez les accords pendant 5 ans en cas de contrôle ultérieur (bonne pratique, plus protectrice que la prescription civile de droit commun).
3. Double rémunération
Les heures effectuées le 1er mai doivent être payées au minimum au double du taux horaire habituel. Cette majoration s'ajoute à toute prime, ancienneté ou avantage prévu par votre convention collective. Elle ne peut pas être remplacée par un repos compensateur.
Pour un salarié payé 12 € de l'heure, vous devrez verser au moins 24 € par heure travaillée le 1er mai 2026.
Vous n'êtes ni boulanger ni fleuriste : pouvez-vous quand même ouvrir ?
La tolérance administrative annoncée pour 2026 ne concerne que ces deux métiers. Tous les autres dirigeants restent soumis au régime classique : seule l'impossibilité d'interrompre l'activité justifie le travail le 1er mai.
Si vous gérez un commerce alimentaire de proximité non boulanger, un salon de coiffure, un restaurant traditionnel, un cabinet libéral ou tout autre établissement où l'arrêt est techniquement possible, vous restez exposé à un contrôle et à une amende en cas de travail effectif de vos salariés.
Avant toute décision, je vous recommande vivement de prendre conseil auprès de votre expert-comptable ou de votre avocat en droit social. Le coût d'une amende dépasse largement le bénéfice d'une journée d'ouverture.
Quelles sanctions en cas de non-respect ?
Faire travailler un salarié le 1er mai en dehors des cas autorisés expose l'employeur à une contravention de 4e classe (article R. 3135-3 du Code du travail), soit une amende dont le maximum est fixé à 750 € par salarié indûment employé.
L'amende est appliquée autant de fois qu'il y a de salariés concernés. Pour une boulangerie de quartier qui aurait fait travailler 5 personnes, la facture peut donc atteindre 3 750 €.
S'ajoutent les rappels de salaire éventuels (double rémunération non versée), les majorations de cotisations sociales, et la possible action prud'homale du salarié pour heures travaillées non rémunérées correctement.
Comment se préparer concrètement pour le 1er mai 2026
Si vous êtes boulanger artisanal ou fleuriste artisanal et envisagez d'ouvrir le 1er mai 2026, voici la marche à suivre :
- Vérifier votre statut : votre activité doit relever de l'artisanat (inscription au Répertoire des Métiers ou à la Chambre des Métiers et de l'Artisanat).
- Recueillir le volontariat écrit de chaque salarié, idéalement au moins une semaine avant la date.
- Préparer la fiche de paie : prévoir la majoration de 100 % sur les heures du 1er mai.
- Conserver les preuves : accords écrits, plannings, fiches d'horaires, fiches de paie.
- Suivre la publication officielle du décret ou de la circulaire d'application qui précisera le cadre.
Pour les autres dirigeants, restez sur le régime classique et ne prenez pas de risque inutile.
Questions fréquentes sur le travail le 1er mai
Mon salarié peut-il refuser de travailler le 1er mai ?
Oui, toujours. Même dans les établissements autorisés à fonctionner le 1er mai, le travail ce jour-là ne peut jamais être imposé à un salarié. Le refus ne peut donner lieu à aucune sanction ni discrimination.
Si mon salarié travaille le 1er mai, peut-il récupérer un autre jour à la place ?
Le repos compensateur ne remplace pas la double rémunération obligatoire. Vous pouvez accorder un repos en plus, mais pas en substitution du double salaire prévu par la loi.
Les apprentis et les stagiaires peuvent-ils travailler le 1er mai ?
Les apprentis majeurs peuvent travailler le 1er mai dans les mêmes conditions que les autres salariés (volontariat écrit, double rémunération). En revanche, les apprentis et jeunes travailleurs de moins de 18 ans ne peuvent pas travailler les jours fériés (article L. 3164-6 du Code du travail), sauf dérogations sectorielles très limitées (hôtellerie, restauration, spectacles, boulangerie de mois de 21 salariés sous conditions). Les stagiaires en convention de stage suivent le calendrier de l'entreprise et ne sont pas autorisés à travailler le 1er mai.
Et les heures supplémentaires effectuées le 1er mai ?
Elles cumulent les deux majorations : majoration pour heures supplémentaires (25 % ou 50 %) plus majoration de 100 % pour le 1er mai. La règle de cumul s'applique de manière favorable au salarié.
Que faire si je reçois une amende en 2026 alors que j'ouvre une boulangerie artisanale ?
Conservez tous les justificatifs (accords écrits des salariés, fiches de paie avec double rémunération, statut artisan) et contactez votre expert-comptable. La tolérance administrative annoncée par le Gouvernement pourra être invoquée auprès des services de l'État.
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